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Le matin des étrennes

 Ah ! Quel beau matin, que ce matin des étrennes !

Chacun pendant la nuit avait rêvé des siennes

Dans quel songe étrange où l’on voyait joujoux,

Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,

Tourbillonner, danser dans une danse sonore,

Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !

On s’éveillait matin, on se levait joyeux,

La lèvre affriandée en se frottant les yeux.

On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,

Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,

Et les petits pieds nus effleurant le plancher,

Aux portes des parents tout doucement toucher.

On entrait ! Puis alors les souhaits, en chemise,

Les baisers répétés, et la gaieté permise.

 

Arthur Rimbaud - (1854-1891)

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